mardi 28 décembre 2010

Rock'n roll et saveur du terroir : Une alchimie surprenante

Le rock n'est pas forcement le point fort des musiciens français. Mis à part quelques groupes à succés qui persistent tant bien que mal, la majorité des formations restent la plupart du temps bloqué au niveau de la chanson pour midinettes adolescentes. Depuis toujours, on s'est habitué à ce triste constat, et on se tourne naturellement vers l'étranger quand le besoin de riffs puissants et de solos démentiels se fait trop pesant. A tel point que lorsque j'ai appris que The Marshals étaient un petit groupe venu de Moulins, bourgade perdue au fin  fond de l'Auvergne, j'ai tout d'abord refusé d'y croire, avant de me rendre à l'évidence : ces gars la échappaient mystérieusement à la malédiction qui touche nos compatriotes et délivraient un son brut et puissant, sans fioriture, sans superflu. Une guitare, une batterie, une voix, et rien de plus. On pense aux Black Keys dès les premiers accords, à croire que les gars se sont pointés avec le dernier album des américains dans les mains et ont dit à leur producteurs : On va faire pareil.

The Marshals sur scène : On est loin d'un orchestre symphonique

Et aussi incroyable que ça puisse paraître, ça a marché. The Marshals  marchent dignement dans les pas de leurs idoles, et n'ont pas à rougir de leurs productions, qui égalent largement les canons du genre. C'est bien simple, tout est la, la puissance, l'efficacité mais aussi une science du riff et du solo de guitare digne des plus grands. On croit entendre au détour d'un solo particulièrement bien ficelé, un je ne sais quoi de Hendrix qui réchauffe le coeur, un peu de l'élégance bluesy des Whites Stripes peut être aussi, ou par moments les attaques de guitare hachées et acérées de The Kills. Les pistes se succèdent et ne se ressemblent pas (ou peu) alternant entre débordement d'énergie furieux et ballades apaisantes, sans jamais briser cette belle unité de son, ce petit univers garage et brut de décoffrage dans lequel on se laisse emporter sans rechigner. Le son des Marshals est puissant, sexy et sans concession, et on en redemande.

Links :
Le myspace des Marshals (Je crois que c'est le seul moyen d'écouter leur musique sur le net, ils ont sorti un album récemment mais je pense qu'il est difficile à trouver hors Auvergne. Bon courage.)

dimanche 26 décembre 2010

Le papa du gorille a toujours de l'or au bout des doigts

Damon Albarn, papa du super-projet polymorphe Gorillaz dévoile l'album surprise de Noël The Fall. Un beau cadeau de la part du baroudeur, qui a composé ces 15 pépites de pop électronique pendant la dernière tournée du groupe, de Montréal à Houston, en passant par Chicago et bien d'autres villes d'Amérique du Nord. L'éclairage urbain des métropoles et les vastitudes enneigées de l'Illinois ont donc défilé entre le 3 et le 30 Octobre, pendant que les oreilles étaient bien occupées à bricoler cet album express...sur iPad. Tout ça avec l'aide précieuse de quelques fidèles, Mick Jones, Jesse Hackett, Bobby Womack ou encore Paul Simonon appelés à la barre pour ajouter leur grain de sel. Un album dont on comprend dès la deuxième piste Revolving Doors qu'il n'est pas qu'une simple bidouille électronique de fan-service. Un compromis entre la puissance mélodique de Demon Days et la soul aseptisée de Plastic Beach : c'est bien du Gorillaz.



Depuis qu'il a jeté la foudre sur le singe-frankenstein des débuts de Gorillaz, son projet n'a jamais cessé de muter pour devenir aujourd'hui, le King Kong de la pop. Un bon album composé en 27 jours avec un iPad, sur la route, pendant une tournée éprouvante : Albarn a toujours de l'or au bout des doigts.



vendredi 24 décembre 2010

Homework : La house fleurit sous la douce lumière des néons

La hollande est un pays magnifique, connu et reconnu pour son architecture pittoresque, ses polders et sa culture intensive de coquelicot, qui colore joyeusement ses paysages campagnards. Mais c'est aussi la Mecque des junkies et le disneyland des drogués, Amsterdam étant le lieu de rendez vous favori des européens avides de défonce et de soirées de débauches, entre sexe drogue et house music. Une telle industrie des produits psychédéliques n'a pas eu que des effets positifs sur le tourisme, elle a aussi boosté la créativité de ses dj et producteurs d'electro, ce qui donna lieur à une véritable déferlante de "Dutch House" il y a quelques années. Au milieu de ce maelström de productions pas forcement toutes remarquables, un petit duo de hollandais, connus sous le nom fortement connoté de Homework, sortit une petite track de disco house tellement funky qu'on aurait pu croire à une production versaillaise de la fin des années 2000. Un sample disco 70, une montée bien dosée, un coup de compresseur et un filtre, ca peut paraitre enfantin, mais tout ajout supplémentaire serait tout à fait accessoire, inutile, voire un peu laborieux.


Curieux de nature, je poussais donc un peu mes recherches sur ce groupe, histoire de voir si ils étaient capables de reproduire le miracle de I Got Two, voire d'en industrialiser la production pour en faire une entreprise rentable et pérenne, rassurante perspective en ces temps troublés de crise économique mondiale. Je rassure immédiatement les mystiques superstitieux de la french house : Non, rien dans les autres productions des deux jeunes hollandais ne vient égaler la puissance et l'efficacité de ce morceau, et les shamans de la musique électroniques ont encore de beaux jours devant eux. N'empêche, même si leurs autres tracks tranchent avec le style disco de I Got Two et se tournent vers des influences plus diverses voire exotiques, certaines restent très bien foutues, à l'instar de Fissa Tune, samplé sur une chanson traditionnelle grecque. Homework expérimente, et si  ils se plantent souvent, le mérite n'en est que plus grand quand ils font mouche.

Links
Homework - I Got Two
Homework - Fissa Tune

jeudi 23 décembre 2010

Les fantômes de la folk : Natural Snow Buildings (partie I)


Mehdi Ameziane et ses compères sont d'insolents fantômes. Fantômes parce qu'ils sont plus que discrets sur les parchemins de la critique musicale, et qu'une nuit passée à les traquer à la lumière blafarde d'un écran d'ordinateur peut se solder par des yeux rougis et une moue insatisfaite. Insolents parce que ces lutins de la folk ont en plus le culot d'être diablement productifs et que leur musique semble inimitable. Les fanatiques diront inégalable. Seulement, ils ne la diffusent qu'en très petite quantité...voici l'histoire de gaulois intrigants qui tiennent certainement plus du druide mystérieux que du guerrier bravache.

Pochette de The Snowbringer Cult


On commence avec Natural Snow Buildings, duo formé par Mehdi Ameziane et Solange Dularte. Ces derniers ont produit plus d'une quinzaine d'albums depuis leur rencontre à Paris en 1997. On note un pic en 2008 : 8 albums enregistrés. Des chansons au format court sur des concepts albums mélangeant une folk des plus dénudées, un psychédélisme à la limite de la drone music (on pense à Stars of The Lid  ou au krautrock mystique de Popol Vuh  ). Une spiritualité omniprésente qui ne parvient pas à faire oublier que c'est parfois très sale (inaudible ?). Toujours est il que c'est indéniablement original. Ameziane et Dularte semblent ici être les cousins taciturnes de Godspeed You! Black Emperor ou d'Espers, là des M83 qu'on aurait privé d'électricité. 

Ameziane et Dularte, guitare et violoncelle.
Cette atmosphère garage et bout de ficelles soufflante et sifflante pourra rebuter les amateurs de pop plus lisse...L'intimisme réconforte quand même : on nous murmure une chanson à l'oreille, on nous fait sentir les frettes de la guitare, comme si on venait jouer dans notre chambre. Tout baigne de toute façon dans l'artisanal avec les NSB, de l'enregistrement à la distribution en édition limitée des albums (dont ils font eux même les pochettes). Parce qu'il est important pour les deux gus d'avoir quelque chose entre ses mains, quelque chose à regarder à toucher et à sentir quand on écoute de la musique. Un anti-conformisme et une humilité qui finissent par devenir attachants. Certains blogs étrangers écarquillent les yeux devant l'énigme Natural Snow Buildings et leur rendent hommage ici et , pendant qu'ils se planquent à Vitré, à une petite cinquantaine de kilomètres de Rennes. 

Pour composer une musique qui de toute façon s'inscrit hors de l'espace comme du temps.

A suivre...