mardi 18 janvier 2011

Un javelot aromatisé au LSD

Wow ! Voici le genre de javelot par lequel on aimerait se faire transpercer un peu plus souvent ! Difficile de s'attendre à autre chose que de la médiocrité quand on a à faire à un énième groupe lo-fi, qui vient qui plus est d'un Brooklyn dont le foisonnement musical est blasant ! Difficile d'être rassuré à la vue d'une énième pochette aux couleurs criardes telle que celle de No Màs...Mais les deux allumés de Javelin ont un son bien à eux ! No Màs est un album joyeusement psychédélique, la pop funky d'une classe maternelle qui aurait abusé de cookies aux ingrédients mystèrieux...Ce kitsch peut aussi faire penser aux jingles de chaînes de télé-achat, ou encore, pour finir à la bande originale de quelques films pornographiques vraiment mauvais (…).

La pochette de No Mas qui respire la sobriété.

Cependant, je vous rassure, en écoutant Javelin on pense aussi à d'autres groupes, des incontournables pour tout junkie qui se respecte comme The Avalanches, ou encore Neon Indian. Les deux gus se réclament d'ailleurs plutôt du sampling et du hip-hop, fans qu'ils sont des productions de Girl Talk  et de J Dilla (comme on les comprend). La fraîcheur du Javelin de Brooklyn est pénétrante (pardonnez la métaphore phallique, je n'arrive pas à me faire au nom de ce groupe), un kitsch assumé qui fait du bien quand on est fatigué du psychédélisme des groupes qui joue la carte du revival 70's. Et puis mieux vaut écouter la musique d'heureux drogués que d'essayer d'esquiver la dépression hivernale en gobant les produits des vilaines industries pharmaceutiques.

Non ? 

  

samedi 15 janvier 2011

La minute street credibility, pour les purs

Il arrive un moment dans la vie de tout blog musical qui se respecte ou celui ci se doit de défendre sa crédibilité ghetto par tous les moyens. Parce que, peu importe le fait qu'on ne soit finalement que de sombres hipsters barbus pourris de musique psychédélique et de guitare folk, on a tous dans notre cœur un peu de béton et des barres HLM qui nous bouchent l'horizon. Alors on représente, tant bien que mal, chacun à sa manière : certains attribuent 10/10 au dernier Kanye West par exemple. Mais nous sur John Lennon is Dead, on préfère vous parler d'un album sorti il y a un moment, Modonut, par Mr Modo et Ugly Mac Beer.


Les instrus de hip hop sont toujours un domaine hasardeux. Il ne suffit pas d'avoir le bon sample, la bonne technique ou le rythme, il faut ce je ne sais quoi pour passer d'une simple instru bateau destinée à soutenir le flow d'un rappeur plus ou moins doué à un vrai beat puissant et posé qui vous fait plisser les yeux comme des amateurs de jazz en transe. A cet exercice, les deux comparses Mister Modo et Ugly Mac beer se défendent plutôt bien : Pas de fautes de style dans Modonut, sorti il y a deux ans déjà, en plein boom de ce genre de sons. Passé un peu inaperçu parmi des producteurs mieux etablis tels que Wax Tailor ou Mr Scruff, cet album n'a pourtant rien à envier à ses concurrents : les samples soul tout droits tirés des classiques des années 70 et des films de la blackxploitation font la part belle aux guitares funkys et aux cuivres qui claquent. Par dessus tout ca, les parties vocales de Jessica Fitoussi font merveille, rappelant Alice Russels ou bien Charlotte Savary, mais avec cette puissance vocale et cette classe qui fait souvent défaut à ce genre de chanteuses. L'album est long, comptant une trentaine de tracks de longueurs variables, partagées entre skits transitionnels et vrais morceaux construits, et on doit admettre que certaines étaient peut être superflues, ce qui nuit probablement à l'unité de l'ensemble. Mais les quelques moments de gloire qui émergent régulièrement de cet impressionnant mélange d'influences et de sons valent bien quelques égarement maladroits de temps à autre. Modonut est un album à laisser tourner, tourner encore jusqu'à saisir la vertigineuse efficacité de ses beats retros et de ses samples funkys.

Links
Mr Modo/Ugly Mac Beer/ Jessica Fitoussi - Not Afraid
Mr Modo/Ugly Mac Beer - When my beat goes on.

dimanche 9 janvier 2011

Lynchage musical : les tourments sonores de David.

David Lynch est un ovni parmi les réalisateurs connus. Là où la plupart des wanabee cinéastes amateurs hipsters accumulent les courts obscurs et vaguement conceptuels ennuyeux, Lynch a réussi l'impensable : produire une chiée de longs métrage difficilement compréhensibles et angoissant, sans pour autant tourner le dos au succès populaire et critique. Bien sur, vous pouvez sans trop de honte détester son oeuvre, mais il est difficile de nier l'impact de films comme Mulholland Drive, Blue Velvet ou bien l'influence de la série Twin Peaks sur les productions de ces dernières années. On aurait pu croire qu'il allait se contenter d'être doué pour un domaine et continuer tranquillement à faire des films bizarres en engrangeant de jolies récompenses à empiler sur sa cheminée, mais non. David Lynch a annoncé récemment qu'il allait sortir un album solo d'electro pop. Ne nous méprenons pas, l'homme n'en est pas à son coup d'essai dans le domaine musical et a déjà collaboré ou travaillé sur des albums, mais jamais seul, préférant apparaître le temps d'un duo ou en guest star. Mais on pouvait être assez curieux de ce qu'allait donner l'univers torturé et angoissant de Lynch une fois transposé en musique et non plus en image.

La bande son parfaite pour la salle d'attente de l'enfer
Les deux premiers morceaux mis en avant fin 2010 donnent un premier aperçu de ce que sera l'album, et c'est plutôt de bon augure : A mi chemin entre Crystal Castles et MGMT, What a Good Day Today surprend par ses sons très actuels, ses claviers et sa voix modifiée. Les paroles mi ironiques mi inquiétantes contrastent avec la mélodie très pop, entrecoupée par moments de coups de feu et de sons étranges. Tout se joue ici sur cet espèce de paradoxe absurde et cruel qui structure l'ensemble du morceau. L'autre morceau, I Know, fait immédiatement penser au trip hop de Portishead, à cette ambiance pesante et lointaine, que ce soit dans la voix modifiée de Lynch, le sample de guitare ou les basses lourdes et puissantes. Le morceau rappelle immédiatement l'atmosphère étrange de la chambre rouge de Twin Peaks, et colle merveilleusement bien à l'univers de Lynch. Si le premier morceau reste sympathique et très agréable, I Know nous expédie dans quelque chose de bien plus intéressant, un univers qui prend son temps et impose son rythme sans aucune faute de goût ni aucun écart maladroit. Si l'on se fie à ces deux premiers extraits, on se doute que l'album de Lynch ressemblera plus à un patchwork maîtrisé de toutes ces influences musicales qui semblent s'imposer comme évidentes dans l'univers du réalisateur. Pourtant, si l'ensemble des pistes dégagent cette même aisance et ce je-ne-sais quoi de si particulier, alors on peut espérer une vraie petite merveille pour 2011.

Links :
David Lynch - I Know
David Lynch - Good Day Today

mercredi 5 janvier 2011

Starkey : Solutions auditives pour fan de dubstep

Les cieux sombres de la dubstep révèlent parfois des pépites étonnantes. Loin de l'Angleterre, lieu de naissance du mouvement, Starkey, producteur américain originaire de Philadelphie, vient faire souffler un vent nouveau loin des productions lourdes de basses tremblantes aujourd'hui légions, tout en gardant ses distances avec les productions parfois lounge et posées des débuts du mouvement. Starkey se distingue en laissant une place prépondérante à la mélodie dans un style de musique souvent dédié à la recherche de puissance sonore avant tout. Si les distorsions caractéristiques du genre sont bien la, les lignes mélodiques et claviers viennent se surajouter à cet ensemble, pour donner un résultat finalement assez planant, le contraste violent entre les graves surpuissantes et les claviers semi-effacés donnent une étrange sensation d'apesanteur. Les influences sont nombreuses, presque omniprésentes, et on reconnaît ça et la une montée d'arpèges façon "Midnight Request Line" de Skream, ou bien une ligne repiquée au "Serenity" de Popof.

Pochette de l'album Ephemeral Exhibits
L'album "Ephemeral Exhibits" semble d'ailleurs se rapprocher des sonorités du premier album de Skream, les claviers cheaps et les sons fruity loops côtoyant sans heurts les samples vocaux typique de l'UK garage et les basses imposantes, qui savent s'absenter pour vous laisser profiter quelques instants de votre chute libre, avant de vous récupérer en douceur quelques mesures plus loin. Étrangement lumineux, ce qui n'est pas un qualificatif commun dans le monde obscur et nocturne de la dubstep, l'album semble se nourrir de tous les principaux artistes de la scène anglaise, mais apporte de nouvelles images, de nouvelles évocations à un genre qui commence à s'essouffler et à ressasser sans cesse les mêmes routines. Starkey ne vous fera pas soudainement adorer la dubstep si ce genre vous horripile, mais si comme moi vous avez passé les dernières années la tête entre Skream, Rusko et autres Horsepower productions, vous devriez y trouver votre compte.

Links :
Starkey - Gutter Music
Starkey - Spacewalk
Starkey - Miracles